histoires

La boule rouge

Emma Baron

Pour Mélianne

Au beau milieu d’une grande ville vivait un écureuil tout gris, la queue en panache et tout gentil. Il était né ici et il n’avait jamais rien connu d’autre que le bruit des voitures et les vives lumières de la nuit.

Il avait l’habitude de traverser les passages cloutés et l’habitude des humains qui sortent leurs chiens le matin.

Tous les jours, il descendait de son marronnier et prenait le petit chemin pavé du grand jardin pour se rendre au vieux chêne du voisin.

Le gland du matin trouvé, il rentrait chez lui déguster son petit-déjeuner en écoutant les oiseaux gazouiller et les voitures pétarader.

Mais un jour alors qu’il courait dans l’allée, il aperçut devant lui quelque chose qu’il n’avait jamais vu. C’était une boule. Une boule toute rouge.

« Qu’est-ce que c’est que ça ? » se demanda l’écureuil, les moustaches frémissantes. Prudent, il décida de contourner l’obstacle.

Quand il arriva au vieux chêne, il demanda à son ami l’opossum qui se reposait sur une des branches basses de l’arbre :

« Tu as vu sur le chemin ? Il y a une sorte de boule. Elle est rouge et un peu brillante. Qu’est-ce que c’est à ton avis ? »

« C’est un œuf de tyrannosaure, expliqua sur un ton grave, l’opossum en fronçant les sourcils. Fais très attention, si tu y touches, la maman dinosaure viendra et elle te mangera. »

Alors, l’écureuil eut si peur qu’il courut se cacher derrière un vieil arrosoir tout rouillé. Au bout d’un moment, il se mit à réfléchir.

« Les œufs sont dans des nids, se dit-il, ils ne sont pas laissés comme ça au milieu d’une allée. Il faut que je tire cette affaire au clair.»

L’écureuil prit la direction de l’égout pour demander conseil à son ami le raton laveur. Ce dernier était occupé à laver un poisson pané pour son déjeuner.

Il écouta attentivement l’écureuil puis donna son avis : « Peut-être que cet œuf a roulé de son nid. »

« C’est possible mais dans ce cas, il faut le remettre dedans. » dit l’écureuil.

« Mais tu es fou ! s’exclama le raton laveur. Si l’opossum a raison alors le tyrannosaure va nous voir et il nous mangera. » 

« Les dinosaures font trembler la terre quand ils marchent, répondit l’écureuil. S’il arrive, nous le saurons et nous aurons le temps de nous cacher. »

Prudemment, les deux amis approchèrent de l’endroit où se trouvait la boule rouge. Ils cherchèrent le nid partout : au pied des arbres, dans les buissons et même dans de vieux pneus abandonnés… mais rien. Le nid n’était nulle part.

Soudain, la terre trembla.

« Horreur, le dinosaure ! Il nous a trouvé et il va nous manger ! » cria le raton laveur.

Vite, ils coururent se cacher derrière de gros pots de fleurs où rien ne poussait depuis des années.

Quand la terre arrêta de trembler, les deux amis regardèrent par-dessus les jardinières. Il y avait maintenant deux boules rouges au lieu d’une au milieu de l’allée.

« Malheur ! cria le raton laveur. Le dinosaure a pondu ! »

« C’est louche tout de même, dit l’écureuil. Je ne le vois nulle part. Pourtant un tyrannosaure, c’est gros… il ne peut pas avoir disparu. »

« Tu as raison. dit le raton laveur. Oh mais… regarde là-bas ! » 

Un vieux monsieur au visage peu aimable marchait en s’aidant d’une canne. La terre tremblait chaque fois qu’il faisait un pas. Avec difficulté, il enleva ses lourdes bottes et rentra dans sa maison.

« Ça par exemple, dit l’écureuil. C’est lui, le dinosaure ! »

« Il me semblait bien aussi que les tyrannosaures ne vivaient pas par ici. dit le raton laveur. Oh ! Attends un peu, vois qui va là ! »

L’opossum approchait en se dandinant. D’un coup de dents, il croqua dans une des boules rouges.

« Oh le menteur ! pesta l’écureuil. C’était un fruit, il m’a menti pour le garder pour lui !»

Soudain, un filet s’abattit brusquement sur l’opossum qui lâcha la pomme et se mit à gémir.

« Un piège ! »  s’exclama aussitôt le raton laveur qui venait de comprendre pourquoi le vieil homme laissait des pommes sur le chemin.

L’opossum se débattit.

« Au secours ! » appela-t-il, bien attrapé qu’il était.

« Mon pauvre ami, lui dit l’écureuil avec mépris. Pour rien au monde, je ne m’approcherai des œufs d’un tyrannosaure ! Ce dernier risquerait de revenir et de me manger. Aussi, je te souhaite une bonne journée ! »

Et c’est ainsi que l’écureuil s’en alla, entraînant avec lui son ami le raton laveur. Mais tous deux avaient du cœur, aussi au bout de quelques minutes, ils revinrent le délivrer. Tout honteux, l’opossum, pour se faire pardonner, les invita à déjeuner.

FIN

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