Poésies

Le jardin intérieur

A ma fille, Mélianne

Il existe un endroit, un lieu unique où personne d’autre que moi ne peut aller.

Je suis la seule personne sur cette Terre à en posséder la clef.

Dans ce grand jardin, je suis en sécurité.

Je suis chez moi.

Je peux être heureuse et je peux être triste.

Je peux être moi-même.

Ici, le temps n’existe pas.

Seul le murmure du vent dans les saules est invité à venir me rencontrer.

Les moineaux et les ramiers volent dans un ciel limpide où le jour et la nuit se confondent en une douce mélodie.

Dans cet immense jardin sauvage, le parfum du chèvrefeuille embaume les cours d’eau où les nénuphars en fleur parlent tout bas aux hortensias.

Ce beau jardin est un lieu unique parce que je l’ai créé.

Il existe seulement parce que j’existe moi aussi.

Chaque fois que j’en ai besoin, je m’y réfugie.

Parfois, je pose ma joue contre l’écorce d’un lilas et je réfléchis sur la vie. Parfois je m’allonge sur la branche haute d’un arbre et je rêve.

Je regarde le ciel puis je ferme les yeux.

J’écoute l’enfant que j’étais et que je ne suis plus.

Je l’écoute rire, je l’écoute pleurer aussi pour pouvoir la consoler.

A la lisière d’un sous-bois, j’aperçois la vieille femme que je serai un jour.

Et prenant ses mains dans les miennes, je souhaite qu’elle puisse me révéler comment ma vie va se terminer.

Et, avant de repartir dans la réalité, je suis en paix avec moi-même,

Sereine et silencieuse comme un train arrêté sur les rails d’une gare abandonnée.

Maintenant c’est à toi que je viens transmettre cette poésie. Crée un jardin aussi beau que celui-ci et cultive-le tout au long de ta vie.

Emma Baron

Poésies

Le pigeon, le chat de gouttière et le chien errant

A Paris sous un pont,
Picore un pigeon,
Des quelques miettes,
D’un sandwich au jambon.

Mais le pigeon n’a pas vu,
Le chat de gouttière le guetter.
Mais le chat n’a pas vu,
Le chien errant approcher.

Brusquement,
L’oiseau s’est envolé,
Le félin a décampé,
Mais le chien, sous le pont, est resté.

Sur sa fourrure sale, il a senti,
La main d’un vieil homme le caresser,
Pour lui faire oublier,
Qu’il est seul à Paris.

Emma Baron

Poésies

Si j’étais un oiseau

 Si j’étais un oiseau,
Je m’envolerais au-dessus des nuages,
Au gré du vent, contempler les paysages.
Et sur les arbres, je me poserais bien haut,
Observer les enfants et les tournesols,
Grandir et fleurir sur les chemins de mon école.
Et j’écrirais, juste à côté du soleil,
Mouillant mon bec à l’encre bleu du ciel,
Les mots de mon maître, ceux même du savoir,
Gravés à tout jamais au fond de ma mémoire.

Emma Baron

Poésies

Inconditionnellement

A l’école, aujourd’hui,
La maîtresse nous a appris,
Un mot très long et compliqué,
Très difficile à prononcer.

A la maison, quand je suis rentrée,
Tout de suite, j’ai demandé:
«Dis maman, Inconditionnellement,
Qu’est-ce que c’est que ce mot tyran?»

Sur ses genoux, alors elle m’a dit,
C’est simplement t’aimer pour toute la vie,
Peu importe qui tu deviendras,
Toujours mon enfant, tu seras.

Emma Baron

Poésies

Dimanche matin

Encore à moitié endormie,
A travers la fenêtre, je regarde la nuit,
Je m’étire, et sans faire le moindre bruit,
En pyjama, je me lève de mon lit.

Debout, dans le couloir,
Alors qu’il fait encore très noir,
Sur la pointe des pieds, j’avance doucement,
Dans leur chambre, j’entre le cœur battant.

Dans le lit, tendrement, je me blottis,
Contre ma maman encore endormie,
Mais déjà, elle m’ouvre grand ses bras,
Et me chuchote, des «je t’aime» tout bas.

Emma Baron

Poésies

Le bonheur

Ce matin, ma maman m’a dit,
Que le bonheur ressemblait à ceci :
Partager un petit carré de chocolat,
Regarder la pluie tomber sur les toits,
Me lire une histoire à haute voix,
Mais surtout me garder longtemps dans ses bras.

Ce soir, c’est moi qui lui ai dit,
Maman, le bonheur, c’est ça aussi:
T’aider à faire de jolis macarons,
T’offrir mes colliers de boutons,
Dormir tout contre mon doudou,
Mais surtout sentir sur ma joue tes milliers de bisous.

Emma Baron