histoires

Le courage de Lula

Un roman de Emma Baron

Les personnages : Lula, Chapo et Caracroche

Pour fêter l’arrivée de la reine, Lula et son chat Chapo aident à décorer le village mais Caracroche, l’horrible sorcière des bois, a décidé de tout gâcher.

Chapitre 1

Le plan de Caracroche

Comme chaque hiver, les sorcières se préparent à accueillir leur reine. A califourchon sur leur balai, toutes décorent les tours et les fenêtres des maisons, toutes… sauf Lula.

Pendant que son chat Chapo dort à côté d’elle, Lula trie les guirlandes. Une petite sorcière s’approche d’elle.

– Tu ne t’ennuies pas ? lui demande-t-elle à l’aise sur son balai.

– Non… répond Lula.

Elle la regarde partir et soupire. Lula aimerait apprendre à voler mais elle a peur de tomber.Chapo ouvre un œil.

– Tu devrais essayer, chuchote-t-il.

Lula regarde son balai avec envie.

– D’accord, répond-t-elle en prenant la monture.

Tendue, elle enfourche son balai. Chapo s’assoit devant elle. Le balai décolle doucement. Lula monte plus haut mais elle a si peur qu’elle perd le contrôle du balai. Il accélère brusquement.

Il file tout droit vers la forêt enneigée. Soudain, Lula bascule et atterrit au milieu des sapins. Ouille !

– C’est raté, dit-elle tristement en se relevant.

– Ce n’est pas grave, la rassure Chapo, tu as… Oh non ! Nous sommes tombés à côté de la maison de l’horrible Caracroche !

Au même instant, la porte de la sinistre maison s’ouvre. Vite, Lula et Chapo se cachent derrière un buisson.

– Hi hi hi ! ricane la sorcière, elles vont en faire une tête au village quand elles vont me voir descendre du carrosse !

Puis, elle monte sur son balai et s’envole.

– Elle veut prendre la place de la reine, s’écrie Lula.

– Suivons-là, suggère Chapo.

Ils courent entre les arbres sans quitter des yeux Caracroche.

Chapitre 2

Au secours de la reine

Lula et Chapo sont épuisés. La sorcière est bien trop rapide. Soudain, à travers les nuages, la garde royale apparaît. Une dizaine de sorcières en tunique verte, à califourchon sur leur balai, encadrent le carrosse volant de la reine.

– Je ne vois plus Caracroche, soupire Chapo.

Lula montre un sapin.

– Elle est cachée là, dans les branches !

Caracroche sort sa baguette.

– On ne peut rien faire d’ici, s’inquiète le chat.

Lula prend une profonde inspiration et enfourche son balai.

– Il faut que j’essaye de l’arrêter. Monte ! ordonne-t-elle à Chapo.

Le chat bondit sur le balai. Lula se concentre sur Caracroche. Son cœur cogne fort. Fermement, elle donne un coup de talon sur le sol. La voilà propulsée dans les airs. Les moustaches de Chapo frémissent sous le vent.

Mais Caracroche brandit sa baguette vers les gardes :

– « Gardes à la noix, transformez-vous en petits pois ! »

Prises par surprises, les sorcières tombent les unes après les autres. Une pluie de gouttes vertes s’abat sur la forêt.

L’horrible sorcière s’apprête à jeter un sort sur le carrosse mais Lula arrive à sa hauteur. Chapo bondit sur sa baguette qui tombe dans le vide. Surprise, Caracroche perd le contrôle de son balai. Elle attrape Chapo par une patte et l’entraîne dans sa chute.

Lula hurle :

– Chapooooo !

Elle s’élance après lui mais il est trop tard. Quand elle atterrit au milieu des sapins, elle aperçoit juste la queue du chat dépasser de la neige. Alors qu’elle le dégage, une voix derrière elle gronde :

– Ma petite, tu ne perds rien pour attendre !

C’est Caracroche ! La sorcière a retrouvé sa baguette et elle est furieuse.

Chapitre 3

La récompense

Lula et Chapo reculent. Mais Caracroche regarde le balai de la petite fille et agite sa baguette vers lui.

– « Balai de mioche, deviens poudre de roche ! » dit l’horrible sorcière. Et maintenant à ton tour !

– Ne te laisse pas intimider, chuchote Chapo à Lula. Regarde ce dont tu as été capable.

Caracroche brandit sa baguette vers Lula.

Mais la petite sorcière est plus rapide.

– « Caracroche, transforme-toi en arbre tout moche ! »

Des étincelles jaillissent de la baguette. Un nuage brun entoure la sorcière. Quand il se dissipe, un arbre sans feuilles et tout biscornu se tient à sa place. Le visage de la sorcière est gravé sur l’écorce.

– C’est bien fait Caracrotte ! s’exclame Chapo.

Le carrosse atterrit. La reine, dans sa robe de velours rouge, descend. D’un coup de baguette, elle redonne leur forme aux gardes. Elle regarde l’arbre puis elle s’avance vers Lula et Chapo.

– Merci ! Toi et ton chat, vous m’avez sauvé la vie. Venez, je vais vous ramener au village.

Avant de monter à son tour, la reine aperçoit une trace blanche sur le sol (illustration : en forme de balai) et comprend que Caracroche a réduit en poussière le balai de Lula.

Depuis la fenêtre du carrosse, la petite sorcière et son chat regardent les toits des maisons. L’attelage se pose sur la place du village. Sous les applaudissements, la reine sort du carrosse. Elle réclame le silence et dit :

– Lula, Chapo, venez !

Timidement, la petite sorcière et son chat descendent. Les sorcières n’en croient pas leurs yeux.

Devant la foule, la reine annonce :

– Grâce à leur courage, Lula et Chapo m’ont sauvé des griffes de l’horrible Caracroche.

La reine fait signe à un garde de détacher son balai de l’attelage. Puis, elle le tend à Lula.

– Je sais que Caracroche a détruit le tien, commence-t-elle. Alors, pour te remercier, je t’offre le mien.

Avec joie, Lula prend l’objet richement décoré entre ses mains. Comme il est beau !

– Et maintenant, que la fête commence ! s’exclame la reine.

Curieuses, toutes les sorcières cherchent Lula pour lui poser des questions. Mais Lula n’est plus là. Elle vole au-dessus des nuages, Chapo à ses côtés. Car, la petite sorcière n’a plus peur de voler !

FIN

histoires

Un remède pour le grand chêne

Emma Baron

Ce matin, Lula sort de sa cabane construite en haut du grand chêne.

« Brr ! »  dit la petite fille des bois. Qu’il fait froid ! »

Soudain elle s’aperçoit que son arbre a changé. Ses feuilles vertes sont devenues blanches. Mais alors qu’elle examine une feuille, la forêt se met à trembler. Des géants approchent.

« Oh non ! s’exclame Lula. Ils viennent chercher du bois. S’ils découvrent que mon arbre est malade, ils le couperont en premier. Et je suis trop petite pour les effrayer. Il faut vite que je le soigne. »

La petite fille rentre dans sa cabane. De sous son lit, elle sort son livre sur la nature. Elle tourne et tourne les pages quand enfin elle trouve le remède qu’elle cherche.

La maladie de la feuille blanche

Ingrédients :

  • Trois champignons bleu nuit

  • Sept feuilles d’orties

  • Le nectar d’une fleur de paradis

Faire mijoter le tout, étaler la pâte sur l’écorce et attendre toute une nuit.

« Bien, se dit Lula. D’abord les champignons. Je pense savoir où les trouver. »

La petite fille emporte une lanterne et marche jusqu’à une grotte à l’entrée très étroite.

« Heureusement, je suis assez petite pour me faufiler à l’intérieur. » 

Lula rampe, rampe jusqu’à ce qu’elle trouve les champignons bleu nuit. Elle en prend trois et puis s’en va.

Dans la prairie, Lula trouve facilement des orties.

« Mais comment les cueillir ? » se demande-t-elle, quand soudain elle entend quelqu’un gémir. C’est un ours, la patte attachée à un arbre. Lula s’approche.

« Les géants ont détruit ma tanière, explique-t-il, et ils m’ont tendu un piège. »

Lula passe ses petites mains dans le nœud et libère l’animal.

« Tu peux venir vivre avec moi, propose-t-elle. Mais d’abord, je dois ramasser ces orties. »

« Laisse-moi t’aider. Elles ne me piquent pas. » lui dit l’ours. Et de sa patte griffue, il les cueille.

Sur le dos de l’ours, Lula part à la recherche d’une fleur de paradis, très belle mais très rare. La nuit commence à tomber quand enfin Lula en aperçoit une tout au fond d’un ravin. Pour y descendre, elle sort de sa sacoche une longue corde qu’elle noue à sa taille. Mais il n’y a pas d’arbre pour attacher l’autre bout.

« Peux-tu me retenir ? Je vais aller cueillir la fleur. » 

« Bien sûr, lui répond l’ours, tu es très légère, ce sera facile. » 

Lula descend chercher la fleur. Maintenant, elle a tout ce qu’il faut.

De retour, la petite fille fait bouillir les ingrédients. Le remède prêt, elle l’étale sur le tronc du chêne. Ses feuilles se mettent à luire doucement.

« Maintenant, il devrait guérir » dit Lula à l’ours.

Mais sous la lumière de la lune, ils aperçoivent des ombres sinistres approcher.

« Les géants ! s’exclame Lula. Je suis trop peti… à moins que… »

La petite fille réfléchit.

Les géants sont là. Ils regardent les feuilles du chêne.

« Coupez-le ! » crie leur chef.

Vite, Lula monte sur les épaules de l’ours.

« Mets-toi debout. »  lui murmure-t-elle, et il se dresse sur ses pattes arrières.

A travers le feuillage encore blanc du chêne, la lumière de la lune projette l’ombre chinoise d’un monstre griffu, plus terrifiante encore que les géants… qui s’enfuient en hurlant !

Dans sa cabane, Lula s’endort bien au chaud contre la fourrure de l’ours. Le lendemain, un rayon de soleil la réveille. Vite, elle sort voir les feuilles du chêne. Elles sont vertes à nouveau.

« Tu es guéri ! s’écrie Lula, et malgré ma petite taille, j’ai réussi à faire fuir les géants. »

« Et surtout, lui dit l’ours, tu as le cœur grand comme ça. Merci de m’avoir accueilli chez toi. »  Et il la serre fort dans ses bras.

FIN

histoires

Mais où est passé Pépé ?

Une histoire écrite par Emma Baron

Fini le mois de juin, finis l’école et les copains.
Bonjour les vacances dans mon beau village de Provence.

Ce matin, chacune un panier sous le bras, Mamie et moi emmenons Pépé au village
faire notre marché.

Mais en arrivant près de la vieille fontaine, Mamie rencontre une voisine, puis deux,
puis trois. Les voilà qui papotent. Je tire Mamie par la manche, une fois, puis deux
puis trois mais elle ne m’entend pas. Alors, je baille et je laisse partir mes
yeux en balade.

Sous un marronnier, j’aperçois un chien courir après un chat et le chat courir après les
pigeons et les pigeons courir après les miettes d’un sandwich au jambon.

La grosse cloche de l’Église se met à sonner. Il est déjà midi et Mamie n’a pas vu le
temps filer. Les voisines se disent « bonne journée » et vont faire leur marché. Le
chat s’est perché sur une branche, le chien, assis, le regarde avec envie.
Quant aux pigeons, ils se sont tous envolés.

Nous nous retournons, et qui n’est plus là ? Qui a disparu ?
C’est Pépé !
« Nom d’un petit diable ! » s’écrie Mamie.
« Mais où est-il parti ? » je demande, abasourdie.

Puis je m’exclame : « Il faut le retrouver ! »
Et Mamie dit : « Retrouvons-le ! »
Ni une ni deux, à sa recherche, nous voilà parties.

D’abord, nous allons chez le poissonnier.

Mamie cherche sous les moules, sous les saumons, sous les araignées de mer et
même sous les gros crabes qui essayent de la pincer.
Je lui dis : « Mamie voyons, Pépé est bien trop grand, tu ne crois pas, pour se cacher
par là ! »
« Tu as raison, Pépé n’est pas ici. » me répond ma Mamie bien ennuyée.

Mais avant de partir, Mamie achète des huîtres et quelques crustacés.

Nous allons ensuite chez le fromager.

Cette fois, c’est moi qui me met à chercher Pépé parce que Mamie, elle a souvent de
drôles d’idées.
Je regarde derrière le comptoir et derrière les grandes caisses en bois mais toujours
pas de Pépé ! Seulement du gruyère, du brie et de belles meules de Comté.
Je dis à Mamie : « Essayons ailleurs ! »

Mais avant de partir, Mamie achète un gros morceau de camembert et une tome de
Savoie parce que Pépé adore ça !
« Ailleurs, allons-y ! » me répond ma Mamie qui déjà est sortie.

D’un bon pas, nous marchons vers le boucher-charcutier.

Mamie cherche à droite et moi à gauche. Rien sous les pâtés. Rien sous les steak
hachés.
Mamie demande au boucher : « Par le plus grand des hasards, n’auriez-vous pas
transformé mon mari en saucisse ? »
Le boucher fronce les sourcils. Mamie avec ses blagues va nous faire avoir des
ennuis. Je la tire par la manche et je lui dis : « Mamie, Pépé n’est pas ici ! »
« Mais où est-il passé, mon coquin de mari ? » me répond Mamie en sortant son
portefeuille aux couleurs tape-à-l’oeil.

Mais avant de partir, Mamie achète quelques rondelles de saucissons, trois belles
tranches de jambon et du boudin aux oignons sans oublier du mou pour Norbert, le
gros chat de gouttière.

Puis je dis à Mamie : « Allons chez le primeur. »

Quelle bonne idée ! Il y a des fruits et des légumes. C’est plein de couleur et de soleil.
Je regarde derrière les cageots de cerises et de fraises, Mamie derrière ceux de
poireaux et d’artichauts.
Une framboise au bout de mes dix doigts, je me régale en écoutant les cigales.
Quant à Mamie, elle discute avec le vendeur.

Les framboises, c’est cadeau mais pas les épinards et les choux de Bruxelles.
Et avec tout ça, toujours pas de Pépé !

Nous allons chez le fleuriste.

Pépé aime beaucoup les fleurs. A la maison, il les fait pousser en bouquet pour faire
plaisir à sa dulcinée et lui rappeler, non trop s’en faut, à quel point elle est aimée.
Mais derrière les bleuets et les oeillets, derrière les dahlias et les hortensias, derrière
les oliviers et les orangers, nulle trace de Pépé !

Mais avant de partir, je demande à ma Mamie un tout petit peu d’argent bien
poliment.
Alors qu’elle est dehors à regarder les passants,  je regarde toutes les belles fleurs et j’en choisis une avec mon coeur.

Derrière ma mamie, lentement et doucement, je m’approche le coeur battant.
Pour lui offrir une belle rose blanche et lui dire combien je l’aime.
Dans ses bras, Mamie me serre et me murmure des mots tout doux quand tout à coup,
je m’exclame : « Et pépé ? On l’a complètement oublié ! »
Mamie ne sait plus trop où aller pour chercher Pépé.

Je lui propose : « Allons à la poste ! Il a peut-être du courrier à envoyer. »
A la poste, nous entrons. Mais derrière les guichets, toujours pas de Pépé !
Seulement des colis, des lettres et des gens qui font la queue bien patiemment.

Mais avant de repartir, Mamie sort une grande enveloppe pleine de mes dessins pour
l’envoyer à mon papa et à ma maman qui habitent beaucoup trop loin.

Quand nous sortons, une odeur chatouille mes narines. Je dis à Mamie :
« Mmm ! Comme ça sent bon par là-bas ! »
« Allons-y vite ! » dit Mamie.
Nous nous dépêchons d’aller chez le boulanger-pâtissier.

Ah ! Les belles pâtisseries !
Ah ! Les belles baguettes !
Mamie achète un bon gros pain de campagne et quelques chouquettes.

Oh ! Oh ! Mais qui voyons-nous caché derrière la jolie vitrine garnie de
gourmandises ?
C’est Pépé,  bien sûr !
Le nez dans les éclairs au café.

Alors, je lui murmure : « Mon gentil Pépé adoré et tant aimé, la
prochaine fois, n’oublie surtout pas de m’emmener avec toi. »

FIN