histoires

La vilaine Petite Voix

Une histoire écrite par Emma Baron

Devant la maison, au milieu de l’allée, Léo regarde son beau vélo tout doré. Il a bien envie de pédaler à toute allure sur la chaussée.

Soudain dans la tête de Léo, une Petite Voix se fait entendre. Elle est sombre et inquiétante.

Elle murmure à Léo : « Souviens-toi, tu es tombé la semaine dernière… Si tu enfourches ton vélo, ça peut à nouveau t’arriver. »

Léo a peur. Il écoute la Petite Voix et il rentre chez lui.

Il s’assoit sur le canapé regarder les dessins animés. La télé, c’est sûr, c’est sans danger.

L’après-midi, Léo va à la piscine avec son papy chéri. Il a envie de sauter à pieds joints dans l’eau bleue du grand bassin.

Mais la Petite Voix est encore là. Elle lui chuchote : « Tu risques de boire la tasse et de tousser. Ce n’est pas bon, l’eau chlorée. »

Léo a peur. Il s’assoit sur le bord carrelé de la piscine et regarde tristement les autres s’amuser.

Après l’école, la tata de Léo lui achète une nouvelle paire de chaussures jaunes.

Mais la Petite Voix lui dit encore : « Tu ne sais pas faire tes lacets et apprendre c’est compliqué. »

Cette fois, Léo veut quand même essayer.

Mais la Petite Voix continue et elle lui crie : « Tu n’y arriveras jamais ! »

Léo se décourage. Il abandonne.

Et il range ses belles chaussures au placard.

Le lundi, la maîtresse pose une feuille blanche devant Léo. Aujourd’hui, il doit apprendre à écrire son prénom.

Mais la Petite Voix l’avertit : « Oh là là ! Comme ça a l’air dur de tenir un crayon entre ses doigts ! »

Soudain, Léo se fâche. Il se révolte !

Il devient rouge ! Rouge comme une tomate ! Rouge de colère !

Et il crie à la Petite Voix :

« TAIS-TOI ! » 

Le silence.

Léo écoute.

La vilaine Petite Voix n’est plus là.

Léo prend ses crayons et il écrit de toutes les couleurs son beau prénom.

Quand l’école est finie, il rentre vite chez lui. Il enfile ses nouvelles chaussures jaunes et il apprend à faire ses lacets. Ce n’est pas si compliqué !

Le lendemain, il retourne à la piscine pour apprendre à nager comme un dauphin.

Comme c’est rigolo de sauter dans l’eau et de faire avec ses bras de grands moulins.

Le soir, il enfourche son vélo tout doré et pédale jusqu’à la nuit tombée.

Sentir le vent dans ses cheveux, c’est tellement mieux que de rester devant la télé.

Voilà Léo si fatigué qu’il part se coucher.

Dans son lit, il entend une nouvelle Petite Voix. Elle est très différente de la première.

Elle est claire. Elle chante tout bas contre son oreille.

« Tu peux tout faire dans la vie. Crois toujours en toi et n’abandonne surtout pas. »

Léo s’endort, un sourire sur son visage, car cette Petite Voix là, il est bien décidé à l’écouter partout où il décidera d’aller.

histoires

La boule rouge

Emma Baron

Pour Mélianne

Au beau milieu d’une grande ville vivait un écureuil tout gris, la queue en panache et tout gentil. Il était né ici et il n’avait jamais rien connu d’autre que le bruit des voitures et les vives lumières de la nuit.

Il avait l’habitude de traverser les passages cloutés et l’habitude des humains qui sortent leurs chiens le matin.

Tous les jours, il descendait de son marronnier et prenait le petit chemin pavé du grand jardin pour se rendre au vieux chêne du voisin.

Le gland du matin trouvé, il rentrait chez lui déguster son petit-déjeuner en écoutant les oiseaux gazouiller et les voitures pétarader.

Mais un jour alors qu’il courait dans l’allée, il aperçut devant lui quelque chose qu’il n’avait jamais vu. C’était une boule. Une boule toute rouge.

« Qu’est-ce que c’est que ça ? » se demanda l’écureuil, les moustaches frémissantes. Prudent, il décida de contourner l’obstacle.

Quand il arriva au vieux chêne, il demanda à son ami l’opossum qui se reposait sur une des branches basses de l’arbre :

« Tu as vu sur le chemin ? Il y a une sorte de boule. Elle est rouge et un peu brillante. Qu’est-ce que c’est à ton avis ? »

« C’est un œuf de tyrannosaure, expliqua sur un ton grave, l’opossum en fronçant les sourcils. Fais très attention, si tu y touches, la maman dinosaure viendra et elle te mangera. »

Alors, l’écureuil eut si peur qu’il courut se cacher derrière un vieil arrosoir tout rouillé. Au bout d’un moment, il se mit à réfléchir.

« Les œufs sont dans des nids, se dit-il, ils ne sont pas laissés comme ça au milieu d’une allée. Il faut que je tire cette affaire au clair.»

L’écureuil prit la direction de l’égout pour demander conseil à son ami le raton laveur. Ce dernier était occupé à laver un poisson pané pour son déjeuner.

Il écouta attentivement l’écureuil puis donna son avis : « Peut-être que cet œuf a roulé de son nid. »

« C’est possible mais dans ce cas, il faut le remettre dedans. » dit l’écureuil.

« Mais tu es fou ! s’exclama le raton laveur. Si l’opossum a raison alors le tyrannosaure va nous voir et il nous mangera. » 

« Les dinosaures font trembler la terre quand ils marchent, répondit l’écureuil. S’il arrive, nous le saurons et nous aurons le temps de nous cacher. »

Prudemment, les deux amis approchèrent de l’endroit où se trouvait la boule rouge. Ils cherchèrent le nid partout : au pied des arbres, dans les buissons et même dans de vieux pneus abandonnés… mais rien. Le nid n’était nulle part.

Soudain, la terre trembla.

« Horreur, le dinosaure ! Il nous a trouvé et il va nous manger ! » cria le raton laveur.

Vite, ils coururent se cacher derrière de gros pots de fleurs où rien ne poussait depuis des années.

Quand la terre arrêta de trembler, les deux amis regardèrent par-dessus les jardinières. Il y avait maintenant deux boules rouges au lieu d’une au milieu de l’allée.

« Malheur ! cria le raton laveur. Le dinosaure a pondu ! »

« C’est louche tout de même, dit l’écureuil. Je ne le vois nulle part. Pourtant un tyrannosaure, c’est gros… il ne peut pas avoir disparu. »

« Tu as raison. dit le raton laveur. Oh mais… regarde là-bas ! » 

Un vieux monsieur au visage peu aimable marchait en s’aidant d’une canne. La terre tremblait chaque fois qu’il faisait un pas. Avec difficulté, il enleva ses lourdes bottes et rentra dans sa maison.

« Ça par exemple, dit l’écureuil. C’est lui, le dinosaure ! »

« Il me semblait bien aussi que les tyrannosaures ne vivaient pas par ici. dit le raton laveur. Oh ! Attends un peu, vois qui va là ! »

L’opossum approchait en se dandinant. D’un coup de dents, il croqua dans une des boules rouges.

« Oh le menteur ! pesta l’écureuil. C’était un fruit, il m’a menti pour le garder pour lui !»

Soudain, un filet s’abattit brusquement sur l’opossum qui lâcha la pomme et se mit à gémir.

« Un piège ! »  s’exclama aussitôt le raton laveur qui venait de comprendre pourquoi le vieil homme laissait des pommes sur le chemin.

L’opossum se débattit.

« Au secours ! » appela-t-il, bien attrapé qu’il était.

« Mon pauvre ami, lui dit l’écureuil avec mépris. Pour rien au monde, je ne m’approcherai des œufs d’un tyrannosaure ! Ce dernier risquerait de revenir et de me manger. Aussi, je te souhaite une bonne journée ! »

Et c’est ainsi que l’écureuil s’en alla, entraînant avec lui son ami le raton laveur. Mais tous deux avaient du cœur, aussi au bout de quelques minutes, ils revinrent le délivrer. Tout honteux, l’opossum, pour se faire pardonner, les invita à déjeuner.

FIN