Poésies

Le dernier jour

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Tu as vu papa comme maintenant je suis grand,
Je sais écrire mon prénom,
Et taper dans un ballon.

Tu as vu papa comme maintenant je suis grand,
Je sais faire mes lacets,
Et j’ai appris à faire la paix.

Mais pourquoi es-tu triste papa ?
Pourquoi tu me dis que les grands sont méchants parfois ?
Pourquoi tous les grands ne sont pas comme toi ?

Quand j’ai entendu l’alarme de la ville,
Je t’ai regardé papa,
Et j’ai vu les larmes sur tes cils,
J’ai serré mon doudou contre moi.

Et puis j’ai entendu les bombes,
Et j’ai entendu les cris,
Et j’ai vu les gens tomber,
Et j’ai senti un éclat me toucher.

Je me suis souvenu de la cour de mon école,
Du joli sourire de ma maîtresse,
Et de mon goûter oublié à la récré,
Et de mes copains que je ne reverrai jamais.

Et pour la première fois, je te vois pleurer papa,
Mon gentil papa qui me sert fort dans ses bras.

Demain je n’ouvrirai plus les yeux,
Demain je ne verrai plus le soleil se lever,
Demain je n’entendrai plus les oiseaux chanter,
À cause d’un grand que personne n’a arrêté.

Emma Baron

Poésies

Le jardin intérieur

A ma fille, Mélianne

Il existe un endroit, un lieu unique où personne d’autre que moi ne peut aller.

Je suis la seule personne sur cette Terre à en posséder la clef.

Dans ce grand jardin, je suis en sécurité.

Je suis chez moi.

Je peux être heureuse et je peux être triste.

Je peux être moi-même.

Ici, le temps n’existe pas.

Seul le murmure du vent dans les saules est invité à venir me rencontrer.

Les moineaux et les ramiers volent dans un ciel limpide où le jour et la nuit se confondent en une douce mélodie.

Dans cet immense jardin sauvage, le parfum du chèvrefeuille embaume les cours d’eau où les nénuphars en fleur parlent tout bas aux hortensias.

Ce beau jardin est un lieu unique parce que je l’ai créé.

Il existe seulement parce que j’existe moi aussi.

Chaque fois que j’en ai besoin, je m’y réfugie.

Parfois, je pose ma joue contre l’écorce d’un lilas et je réfléchis sur la vie. Parfois je m’allonge sur la branche haute d’un arbre et je rêve.

Je regarde le ciel puis je ferme les yeux.

J’écoute l’enfant que j’étais et que je ne suis plus.

Je l’écoute rire, je l’écoute pleurer aussi pour pouvoir la consoler.

A la lisière d’un sous-bois, j’aperçois la vieille femme que je serai un jour.

Et prenant ses mains dans les miennes, je souhaite qu’elle puisse me révéler comment ma vie va se terminer.

Et, avant de repartir dans la réalité, je suis en paix avec moi-même,

Sereine et silencieuse comme un train arrêté sur les rails d’une gare abandonnée.

Maintenant c’est à toi que je viens transmettre cette poésie. Crée un jardin aussi beau que celui-ci et cultive-le tout au long de ta vie.

Emma Baron

Poésies

Si j’étais un oiseau

Si j’étais un oiseau,
Je m’envolerais au-dessus des nuages,
Au gré du vent, contempler les paysages.
Et sur les arbres, je me poserais bien haut,
Observer les enfants et les tournesols,
Grandir et fleurir sur les chemins de mon école,
Et j’écrirais, juste à côté du soleil,
Mouillant mon bec à l’encre bleu du ciel,
Les mots du savoir,
Gravés à tout jamais au fond de ma mémoire.

Emma Baron